Il y a 44 ans, pendant les Années Grises (c’est ainsi qu’on nomme la grande sècheresse ayant affamé toute une partie des populations de l’ouest de l’empire pendant près de sept années), l’empereur Corvin Audemar a cherché de nouvelles terres à mettre en culture. Il envoya une ribambelle d’éclaireurs aux frontières Orévalisse. Certains sont rentrés amochés, la plupart ont disparu. Un groupe revenu de l’ouest, au delà des Monts tonnerres, a ramené d’étranges récits : des routes dallées envahies par les herbes, des bornes gravées dans une langue oubliée et les ruines d’une cité, perdue au milieu d’immense marais, dont aucune chronique impériale ne faisait mention.
Audemar, vit dans ces nouvelles contrées, une occasion d’étendre son territoire et de marquer l’histoire. Rochebrune fut bâtie sur un promontoire rocheux en moins de trois ans, comme tête de pont d’une colonisation qui allait suivre. Mais elle n’est jamais venue. Les premières expéditions officielles vers les ruines ne sont pas revenues. Les paysans que l’on comptait installer dans la plaine ont refusé de dépasser les murs. Après une dizaine d’années de pertes, l’empire a cessé d’y envoyer des soldats et a réduit la garnison au strict nécessaire. Rochebrune est devenue ce qu’elle est aujourd’hui : un poste frontière que la capitale préfère oublier, mais qu’elle ne veut pas abandonner, de peur que ce qui rôde à l’ouest ne finisse par venir à l’est.
C’est ce vide laissé par l’empire qui attire les aventuriers. Les anciens rapports des éclaireurs dorment encore dans les archives des sous-sols de la tour de guet, incomplets et contradictoires. Le comptoir paie bien les objets rapportés des ruines, et la garnison ne cherche jamais à savoir qui sont ceux et celles qui franchissent l’unique porte, tant qu’ils ne lui causent pas d’ennuis. Personne à Rochebrune ne donne de quête ni d’ordre de mission. On sait seulement que l’empire a eu peur de quelque chose, il y a quarante ans, et que ce quelque chose est toujours là.